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Encore des Emotions !

“L’émotion ne dit pas ‘je’. […] On est hors de soi. L’émotion n’est pas de l’ordre du moi, mais de l’événement. Il est très difficile de saisir un événement, mais je ne crois
pas que cette saisie implique la première personne. Il faudrait plutôt avoir recours
[…] à la troisième personne [parce] qu’il y
a plus d’intensité dans la proposition ‘il [ou elle] souffre’ que dans ‘je souffre’.
Gilles Deleuze in G. Didi-Huberman, Quelle émotion ! Quelle émotion ?

Forts de l’intérêt que vous avez manifesté au thème des nouveaux séminaires de la SFTF 2014, nous avons souhaité poursuivre cette réflexion autour des émotions pour l’année 2015, par l’intervention de psychologues, philosophes, anthropologue et systémiciens.

Comme nous l’avons entendu durant cette année 2014, l’émotion n’est pas une entrave dont l’intervenant doit à tout prix se dégager, mais elle est surtout un message à écouter, un levier pour transformer le système qu’il co-construit avec la famille.

Le surgissement d’une émotion lors d’une rencontre avec une famille continue de poser un certain nombre d’interrogations. Si l’on considère que la surprise est l’une des formes choisies par l’émotion pour se manifester, surtout quand il s’agit d’une émotion éprouvée par le professionnel qui intervient auprès de la famille, nous pouvons aisément mesurer le potentiel déstabilisant d’un tel événement. Celui qui est «supposé savoir», qui est censé être dans une position de maîtrise aux yeux de la famille, garant au moins du cadre de l’intervention, se trouve traversé par un mouvement -ému, au sens étymologique du terme- dont il lui faudra être comptable. La survenue d’une émotion dans l’espace relationnel de la prise en charge, pose la question de quoi faire de cette situation d’«impouvoir» – pour reprendre les mots du philosophe Didi-Huberman dans son récent essai sur les émotions. Comment profiter de ce moment de faille, de fragilité ressentie, en vue de le mettre au service de la transformation de la situation ?

Comment pouvons-nous accepter de nous laisser affecter par ce que nous éprouvons dans la rencontre avec les familles et ainsi prendre le risque de quitter une position de « pouvoir » pour entrer dans une dimension de « puissance », en suivant Deleuze et son travail sur les affects chez Spinoza ? Et, si oui, quelle est la place que l’institution laisse à l’émotion de l’intervenant ? Comment en parler entre collègues ? Quel est le destin des émotions ravalées ? La régulation des émotions et de leur usage thérapeutique peut-elle se faire individuellement ou doit-elle s’envisager à un niveau collectif ? Y-a-t-il une façon professionnellement normée et socialement gendrée de montrer son émotion ? Pouvons- nous nous fier à la question de l’authenticité d’une émotion ou sommes-nous pris dans des malentendus possibles surtout quand la différence culturelle s’en mêle ?

En confrontant les réflexions d’invités venus d’horizons différents – thérapeutes familiaux, chercheurs en psychologie, en sociologie,
en philosophie, travailleurs sociaux – nous tenterons par ce cycle de séminaires de réfléchir et construire collectivement des réponses, des pratiques, des manières de « faire avec » les émotions, notamment dans la relation thérapeutique, mais aussi dans les différents espaces professionnels et institutionnels, en nous exposant ainsi « au risque des émotions ».

Karine Baudelaire, psychiatre, thérapeute familiale
Raffaela Cucciniello, psychologue, thérapeute familiale
Stéphane Jung, travailleur social, thérapeute familial

Télécharger le programme des séminaires.
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